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Peinture et cinéma

                                                            © 2011 / Blue Spirit Animation / Be Films / France 3 Cinéma / Rezo Productions / Blue Spirit Studio / Sinematik / RTBF (Télévision Belge)


La 15ᵉ nuit européenne des musées aura lieu le samedi 18 mai ! De nombreux musées ouvriront gratuitement leurs portes en France et en Europe, dès la tombée de la nuit et jusqu’à minuit. Un évènement culturel incontournable à ne pas manquer, en lien avec la sélection de Benshi du mois de mai « Coups de pinceaux » qui met à l’honneur la peinture au cinéma.

La peinture a inspiré de nombreuses œuvres cinématographiques depuis les débuts du 7ᵉ art. Source d’inspiration, ou véritable technique de réalisation de films avec la peinture animée, elle est représentée dans le catalogue de Benshi à travers des œuvres variées et originales. Dans Le Tableau, chef-d’œuvre du réalisateur français Jean-François Laguionie, c’est tout un imaginaire qui se déploie à partir d’une peinture. Dans un tableau inachevé vivent des personnages qui sont divisés en deux groupes : les « Toupins » et les « Pafinis », auxquels ils manquent quelques coups de pinceaux. Les personnages se meuvent dans des décors qui rappellent l’univers graphique du début du XXᵉ siècle, avec les influences de Chagall, Matisse, ou encore Picasso. Véritable fable sociale, le tableau est ici la métaphore poétique d’une société où les classes sociales sont fondées sur la discrimination. Les « Toupins » rejettent et pourchassent les « Pafinis », selon eux indignes de les côtoyer. Le cadre du tableau devient un monde fantastique, qui abrite une histoire originale, poétique, qui surprend autant qu’elle passionne. Un propos fort et engagé rencontre un univers pictural et un imaginaire original, pour notre plus grand plaisir et celui des enfants.

D’autres films de notre sélection mettent la peinture à l’honneur, de façon plus ou moins marquée. Dans Nez en moins disait Cléopâtre, court métrage réalisé par des étudiants de l’ISART (Ecole internationale d’enseignement supérieur de Jeu Vidéo & d’Animation 3D-FX), il est question de la peinture comme portrait et façon de représenter. Ahmès, un apprenti peintre, est chargé d’apporter à Cléopâtre son portrait réalisé par son maître. Toute l’intrigue est basée sur ce portrait qui risque fort de décevoir la reine d’Egypte, constamment insatisfaite des peintres qui tentent de la représenter. Les multiples références à Picasso, Michel-Ange, ou Andy Warhol sont mises au service du rire dans ce court métrage où l’action se situe à une période où la photographie n’existe pas, et où la peinture et le dessin sont les seuls moyens de représentation. Dans un tout autre genre, Regards libres, de Romain Delange, centre également son film autour des questions de la représentation et de l’interprétation. Dans ce documentaire de onze minutes se succèdent sous nos yeux des enfants qui commentent un tableau, qui nous sera caché jusqu’à la fin avant d’être dévoilé. Que représentent les formes et les couleurs ? Quel est le sens de ce tableau ? Chacun y va de son explication. Le film rend grâce à l’interprétation des œuvres d’art et à la parole libre des enfants. La peinture est ici le point de départ de discussions et de débats qui viennent éveiller le regard sensible et l’imaginaire des enfants. Plus généralement, le film fait l’éloge de l’art comme une invitation à la réflexion et l’ouverture d’esprit. C’est une belle occasion de montrer aux enfants qu’il existe une multitude de regards et de lectures possibles, et que leur propre interprétation peut conférer un sens à une œuvre. C’est également ce que le moyen métrage Linnea dans le jardin de Monet nous raconte en nous plongeant dans l’univers du peintre impressionniste à travers l’histoire d’une petite fille suédoise, curieuse de découvrir l’œuvre de Monet et son jardin à Paris. De façon plus explicite cette fois, le film d’animation présente une portée initiatique et une volonté de sensibiliser les enfants à Monet, mais aussi et plus généralement à la peinture et à l’Art. Linnea est fascinée par les nénuphars de Monet, et si elle n’arrive pas tout à fait à expliquer ce qu’elle aime dans le tableau, le film se concentre sur son plaisir et ce qu’elle ressent face aux œuvres. Linnea nous montre que l’Art et la culture, loins d’être réservés aux adeptes, sont à la portée de tous, et même des plus petits, dès l’instant où l’on se montre curieux.

Si la peinture est au cœur des récits de ces films, Le garçon et le monde ainsi que U nous racontent quant à eux de toutes autres histoires. C’est à travers leur forme que la peinture est mise à l’honneur dans ces deux longs métrages qui utilisent la technique de la peinture animée. Cette technique du cinéma d’animation consiste à faire défiler des peintures qui peuvent être réalisées sur différents supports (papier, toile, cellulo, verre…) pour créer l’illusion du mouvement. Dans U, film d’animation français réalisé par Grégoire Solotareff et Serge Elissalde, chaque plan est coloré et réalisé à l’aquarelle et nous transporte dans un univers singulier. L’histoire originale nous parle du passage de l’enfance à l’adolescence, à travers le personnage de U, l’ange gardien de Mona, une princesse qui vit seule dans un château isolé avec ses parents adoptifs. Le long métrage est une œuvre entièrement artisanale qui mêle la musique de Sanseverino et des références cinématographiques et picturales (Godard, Gauguin, Monet, Magritte, Rembrandt). Le graphisme et l’ambiance particulièrement originale ancrent le film dans un univers poétique, qui saura surprendre et séduire le jeune public.

N’attendez plus pour découvrir cette sélection élaborée avec soin qui lie le cinéma à la peinture, et qui entre en résonnance avec l’actualité au moment où la Nuit et des musées nous invite à (re)découvrir des œuvres d’art, et où la Cinémathèque française propose l’exposition « Quand Fellini rêvait de Picasso » du 3 avril au 28 juillet 2019.