DOSSIERS

Les enfants et les écrans... de cinéma !

© Le Studio des Ursulines

Des écrans pas comme les autres

Sur la question du rapport des enfants aux écrans, il est important de rappeler que tous les écrans ne sont pas à considérer sur le même plan et n’induisent pas du tout les mêmes usages. Si la télévision, les smartphones, les tablettes et les ordinateurs sont fortement déconseillés aux enfants de moins de 3 ans par les professionnels de la santé et les pédopsychiatres, la salle de cinéma possède des spécificités qui en font un lieu privilégié, presque sacré, pour la découverte d’une œuvre cinématographique, dès le plus jeune âge. Tout d’abord car celle-ci y est proposée au public dans les conditions pour lesquelles elle a été créée, aussi bien d’un point de vue technique que pour le plaisir de la découverte collective.  Sur ces écrans transitent des œuvres qui diffèrent par la finalité et le lien qu'elles veulent tisser avec celui qui les découvre. Cet « écran géant » peut parfois effrayer les parents, pensant à tort qu’il pourrait davantage nuire aux yeux encore fragiles des enfants. Mais dans une salle adaptée, l’écran est placé à une distance réfléchie et calculée. La notion de temps est également fondamentale dans cette réflexion : la séance est un évènement ponctuel, dont la durée est limitée, ce qui lui donne un caractère exceptionnel et donc un peu festif, loin de toute démarche de surconsommation des images et de leur banalisation.

La France est un des pays du monde les mieux équipés en salles de cinéma. Avec plus de 1300 établissements classés Art et Essai, dont une grande partie propose un réel travail en direction du jeune public, la sortie au cinéma fait aujourd’hui partie des pratiques culturelles appréciées d’un grand nombre de familles.

 

Le choix des films

Depuis longtemps, ces salles Art et Essai ont à cœur d’accompagner au plus près les jeunes spectateurs dans leur découverte du cinéma, et leur travail débute bien avant l’accueil du public. Tout commence par le choix des films. A la croisée entre la pédagogie et l’émerveillement propre à l’enfance, la programmation à destination du jeune public est réfléchie et doit être adaptée à chaque âge. Proposant aussi bien des films à gros budgets que des films plus fragiles et beaucoup moins médiatisés, toute la complexité du travail de programmateur réside spécifiquement dans cet équilibre entre éveil et divertissement, plaisir et découverte. Le programmateur est à l’écoute de son public, afin de pouvoir répondre à ses attentes et ses envies, tout en l’amenant petit à petit à découvrir des œuvres plus confidentielles, plus exigeantes, qui ne divertiront pas seulement les enfants, mais les aideront aussi à grandir, à trouver leur place dans le monde.

 

Une expérience adaptée

Les premiers films que l’on découvre au cinéma laissent une marque indélébile, et les premières expériences – bonnes ou mauvaises – conditionnent bien souvent la suite de notre rapport au 7ème art. Pour que la séance de cinéma soit un véritable plaisir et reste un moment inoubliable, les meilleures conditions doivent être réunies : lumière tamisée, réhausseurs et volume sonore réduit pour les premières séances des tout petits spectateurs, puis quelques mots avant la projection afin de leur apporter des clés de compréhension qui les aideront à mieux appréhender le film. La présentation permet aussi parfois de désamorcer certains aspects de l’œuvre qui pourraient être un peu « sensibles ». Ce rituel peut sembler anodin, mais il est fondamental pour que l’expérience de cinéma soit la plus satisfaisante possible, notamment pour les très jeunes spectateurs dont il s’agirait de la première expérience en salle. De très nombreuses initiatives à destination des tout petits, à partir de 18 mois ou 2 ans, voient le jour dans les salles de cinéma Art et Essai, tel que le désormais célèbre festival Tout petit cinéma au Forum des Images à Paris, conçu avec des professionnels de la petite enfance.

 

La médiation culturelle et l’accompagnement des films

En direction du jeune public, la volonté des salles Art et Essai est à la fois d’éveiller le regard, transmettre le goût du cinéma, et apprendre à devenir un spectateur attentif et respectueux. Pour mener à bien cette mission, l’accompagnement du spectateur est fondamental. Aujourd’hui, de plus en plus de salles Art et Essai compte dans leur équipe « un responsable jeune public » ou un médiateur culturel, dont le travail consiste justement à accompagner les enfants et leur famille, et à porter une attention toute particulière aussi bien au choix des films proposés qu’à l’accueil des spectateurs en salle. Les responsables jeune public sont de plus en plus nombreux, et tendent à faire de la salle de cinéma un espace convivial, accueillant, de partage et d’échange autour de la culture. Pour les enfants, cette présence référente est rassurante, et peut les encourager, après le film, à exprimer leurs émotions. En amont il s’agit donc de jouer le rôle de prescripteur, renseigner sur l’âge et conseiller les parents sur le film le plus adapté. Et à l’issue de la projection, de nombreuses actions culturelles de médiation et de prolongement sont souvent proposées : discussions et débats, ateliers, goûters, rencontres avec des réalisateurs et professionnels du cinéma. Un véritable travail d’orfèvre à destination des enfants…

 

La France est non seulement le pays fondateur du mouvement Art et Essai, mais aussi le premier pays au monde à avoir développé une vraie politique d’éducation à l’image et de travail en direction des jeunes publics. La majorité des salles de cinéma Art et Essai accueille notamment les dispositifs nationaux d’éducation à l’image (École et cinéma – créé en 1994 et coordonné par l’association Les enfants de cinéma – qui permet désormais à près d’un million d’enfants de découvrir des films au cinéma avec leur classe, Collège au cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma).

L’AFCAE (Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai), créée en 1955 par des directeurs de salles et des critiques de cinéma, fédère un réseau de cinémas de proximité indépendants et d’associations territoriales partout en France et attribue chaque année le label jeune public à des centaines de salles de cinéma en France, gage de qualité obtenu en fonction de leur programmation et du travail d’accompagnement des films proposés.

Benshi est aujourd’hui fier de compter plus de 200 cinémas partenaires répartis sur toute la France, et ainsi de participer à la valorisation de leur travail en direction du jeune public.

 

 

Pour aller plus loin

Le site de l’AFCAE : http://www.art-et-essai.org/

Le site des Enfants de cinéma (association de coordination nationale du dispositif École et cinéma) : http://enfants-de-cinema.com/

La plateforme pédagogique École et cinéma, NANOUK : https://nanouk-ec.com/

 

Retrouvez cet article en version synthétique dans le Bubblemag de rentrée N°49 (trimestriel gratuit - Boîte à idées des parents responsables et curieux), avec toutes les recommandations ciné de Benshi pour la rentrée (page 14), ainsi qu'un dossier sur "les enfants et les écrans" : https://www.bubblemag.fr/le-mag/