ENTRETIEN

Entretien avec Stéphane Aubier

                                                                                                                                                                            © Panique!

Benshi a eu la chance de rencontrer Stéphane Aubier, coréalisateur des films Panique au village et Ernest et Célestine lors du Festival international du film d'animation d'Annecy ! L'occasion de découvrir Panique au village : La Série, disponible sur Benshi depuis peu !

- Votre goût pour l’animation est-il né en même temps que votre goût pour le cinéma ?

Mon goût pour le cinéma a commencé avec l’animation. J’adorais dessiner. C’est à l’Institut des Beaux-Arts de Saint-Luc à Liège que j’ai fait mes dernières années d’humanités, c’est là aussi que j’ai rencontré Vincent Patar. Mon objectif était d’aller en supérieur suivre des cours d’illustration et de bande-dessinée. J’ai finalement renoncé, je n’étais pas convaincu de pouvoir devenir un auteur de BD, pourtant j’avais envie de travailler dans le domaine du dessin et de la narration, d’où mon envie de me former au cinéma d’animation (pas très représenté à cette époque). Vincent s’était fait la même réflexion que moi. Alors on s’est inscrit à l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de la Cambre à Bruxelles, dans l’atelier du cinéma expérimental d’animation. C’était un univers nouveau, on apprenait différentes techniques d’animation (crayons sur papier, papiers découpés, sable animé…). Il y avait aussi un petit studio de prise de vue stop motion. Mon idée était de faire des petits dessins animés dans des univers et des situations absurdes le plus simplement possible. Avec Vincent, on a créé un duo de dessins animé : Pic Pic Le Cochon Magik (c’était moi) et André Le Mauvais Cheval (Vincent) qu’on regroupait dans un programme que l’on appelait « Pic Pic André Show ». C’était un faux pilote d'une vraie fausse série télé très libre avec plein de mini films rigolos. Une version raccourcie du film a été sélectionnée à Annecy. C’était une chouette expérience. C’est pendant ma dernière année (comme je n’avais pas pris le temps de faire du stop-motion) que j’ai vite tourné un premier épisode de Panique au village.

- Quels films ont marqué votre enfance ?

A la télévision : Barbapapa, Le Muppet Show, Speedy Gonzalez, les intermédiaires de Terry Gylliam dans Monty Python's Flying Circus… Au cinéma : Rabbi Jacob et King Kong (avec Jessica Lange). D’ailleurs il y avait dans ma région, une reproduction du Gorille géant exposé sur le parking d’une grande surface (le top).

Jour de fête de Jacques Tati est un de mes films favori, il y a tellement de choses dans ce film, les gags visuels et sonores sont excellents, le mélange acteurs professionnels et amateurs donne un style particulier, l’ambiance de la campagne, le vélo qui roule tout seul, la musique, tout est inattendu dans ce film. Bref je l’adore, d’ailleurs j’avais consacré mon mémoire à Tati, par la suite quand on travaillait sur l’écriture de projets, Jacques Tati était toujours une référence.

- Comment est née l’idée de créer la série Panique au village ? Comment s’est passé le passage au long métrage ?

On était étudiants et on vivait à plusieurs dans un appartement à Bruxelles, et on passait notre temps à bricoler. Un copain avait fait une petite maquette : un paysage en papier mâché. J’ai trouvé ça très drôle et j’ai eu envie de le mettre en mouvement. Je l’ai installé devant une caméra et j’ai rajouté des petits objets, des voitures, des trains… L’idée était de faire une sorte de fond d’écran avec une animation en boucle. Par la suite j’ai eu envie de faire évoluer cette ambiance, de pouvoir me balader dans le décor. J’ai donc agrandi le paysage pour avoir d’autres angles de caméra, j’ai ajouté des figurines gouachées pour oublier l’aspect plastique. Le scénario était presque improvisé au jour le jour. J’ai commencé avec l’histoire d’un chasseur très con qui, accompagné de son chien, qui essayait de tuer un sanglier. Il y avait beaucoup de gags basés sur la différence de taille et de style des figurines installées dans le décor (des champs, des montagnes et des sapins). Le son ajouté était lui aussi très minimaliste, avec quelques sonorités étranges comme dans les Tati.

Après l’école, avec Vincent on a fait quelques petits boulots dans l’animation et l’illustration. On essayait d’être polyvalents, mais on effectuait surtout des travaux publicitaires. Mais dès que cela a été possible, on s’est replongé dans la réalisation de courts métrages avec les personnages de Pic Pic & André que nous avions créés à l’école. On en a fait trois. Plus tard, Vincent Tavier, un copain producteur qui nous donnait souvent des coups de mains pour des relectures de scénarios ou dans la gestion de la petite assemblée que nous avions créée après l’école, s’est souvenu du film en stop motion que j’avais réalisé qui s’appelait déjà « Panique au village ». Ensemble, on a réfléchi au projet d’en faire une série. On est partis sur un trio avec un cowboy, un indien et un cheval parce que ce sont les figurines que l’on trouvait le plus facilement en seconde main dans les brocantes. Comme notre animation est basée sur le principe de la substitution, il nous fallait des figurines dans différentes postures : assises, couchées, à genoux… Il suffisait de les adapter. Ensuite, pour obtenir l’illusion d’un mouvement, il fallait peindre chaque figurine de la même manière.

Pour Panique au village : La Série on a réalisé vingt épisodes de cinq minutes. Puis nous sommes passé à un format plus long. On était frustrés de ne pas pouvoir raconter des histoires plus abouties en cinq minutes, alors on a voulu rallonger le format, et on a tellement rallongé, qu’on s’est dit « on n’a qu’à faire un long ! ». C’est comme ça qu’est né le long métrage Panique au village.

- Pouvez-vous me parler des voix des personnages, particulièrement uniques et importantes pour l’animation en stop-motion, puisque les visages des figurines n’ont pas d’expressions ?

On avait l’habitude de faire les voix des personnages avec Pic Pic & André, faire les voix pour Panique était donc une évidence. Je prête ma voix à Cowboy, et Vincent à Cheval. Il manquait un troisième personnage. Au début, Vincent s’est essayé mais le coproducteur français était un peu déçu par les voix, surtout par celle d’Indien. Alors on a demandé à un copain comédien américain qui parle très vite, Bruce Ellison, de faire un essai sur Indien, et ça a donné super ! Il a une voix incroyable ! Avec lui on tenait enfin le trio de base. Et dans ce mélange de voix si différentes, on retrouvait un peu l’esprit de Tati dans Jour de fête.

- Le succès de la série et du long métrage au festival de Cannes et d’Annecy ont-ils changé beaucoup de choses ? 

Oui, la présentation du pilote à Annecy s’est très bien passée, c’était inattendu pour le public, cette manière de raconter des histoires avec un matériel aussi pauvre que des figurines réinterprétées, qui donnent l’illusion d’exister en tant que personnages, sans faire référence à ce qu’ils sont (des jouets).  

Et donc oui le succès de la série nous a crédibilisé, et aidé à faire le long puis les 26 minutes.

- Comment est né le projet d’Ernest et Célestine et votre rencontre avec Benjamin Renner ?

Nous terminions l’animation du long métrage Panique. Entre temps, Vincent Tavier avait rencontré Didier Brunner, qui produisait Ernest et Célestine, et qui montait un pilote. Il avait un problème : Benjamin était chef animateur sur le pilote, et Didier Brunner voulait qu’il soit le réalisateur principal du long métrage. Mais Benjamin, qui sortait de l’école, ne voulait pas être seul dans l’aventure et voulait l’appui d’un coréalisateur. Vincent Tavier a pensé à nous, ce qui nous a surpris au début car Ernest et Célestine ne correspondait pas vraiment à notre style. C’est quand on a rencontré le scénariste Daniel Pennac qu’on a mieux compris le projet. Le courant est très bien passé avec Benjamin et Marisa (la décoratrice). Ensemble, on s’est partagé les séquences du livre pour faire des pré-story board. C’était un bonheur de découvrir comment Benjamin arrivait à mettre en scène une séquence, il avait des idées de mise en scène et un sens du gag génial ! Forcément Daniel était ravi, notamment la scène où Ernest et Célestine fuient la ville poursuivis par la police.

- Pouvez-vous nous parler du nouveau Panique « La Foire agricole » présenté à Annecy en compétition TV ?

« La Foire agricole » est le troisième 26 minutes avec Cowboy et Indien. L’idée est que pour une fois, Cowboy et Indien ont fait des efforts à l’école pour réussir leurs examens, mais vont pourtant subir une injustice. Pour résoudre ce problème, ils doivent créer une machine à remonter le temps pour inverser cette situation. Evidemment à un moment ils font tout foirer…

- Quelques mots sur vos projets à venir ?

Il y a un projet de sortir en salle de cinéma une compilation des trois 26 minutes avec des intermédiaires sous la forme de gouaches. Sinon, on planche sur le scénario d’un nouveau Panique (toujours un 26 minutes). Puis il y a d’autres projets mais c’est un peu trop tôt pour en parler.

 

Pour aller plus loin

Découvrez le site de Panique! Productions et le documentaire Des cowboys et des indiens, le cinéma de Patar et Aubier réalisé par Fabrice Du Welz (2018).